Le mÖ du président

Le président du maelström

DISCOURS DU PREZ’

Mai 2026
Discours d’inauguration du Festival des 30 ANS du MAELSTRÖM
Laurent Ostiz, président

 
MaelstrÖmiennes, maelstrÖmiens, Mesdames, Messieurs.

Je n’aime pas les anniversaires. Je ne les ai jamais aimés. Ils sont la marque du temps dans les corps et sur les visages. L’ombre des souvenirs. La trace des sentiments et des ressentiments. Les cendres des passions. L’amertume des joies envolées et des utopies évanouies. Je n’arrive pas à m’en réjouir. Ils nous tirent en arrière et nous poussent au fond du puits.

J’aime l’éphémère. Le mouvement d’une main dans les cheveux. Les carrés de lumière qui dérivent sur le plancher et les gouttes de pluie qui glissent sur les vitres. Trois notes de musique qui s’enchaînent et se dissolvent dans le silence. La répartie piquante et drôle qui fait mouche.

J’aime l’instant qui vient. Le moment qui se prépare à naître. L’idée qui surgit du néant.

Le maelstrÖm n’a pas 30 ans parce qu’il n’a pas d’âge. Parce qu'il n'est pas de ceux qui existent ordinairement. C’est un cirrus lumineux dans un ciel bleu d’été. Le battement d’ailes de Cupidon à son réveil. Le rire taquin de Dionysos qui repose son verre.

Le maelstrÖm ne fait que devenir, ne fait qu’advenir, ne fait que survenir. Et il en sera ainsi tant que l’on acceptera de rester vivant. Non pas être vivant, comme un acquis. Mais rester vivant, comme une lutte. Quoi qu’il nous en coûte. Malgré les pulsions de mort qui grondent. Malgré les névroses qui piquent. Malgré la futilité de l’existence humaine que l’on ressent parfois face au miroir.

Rester vivant est un art. Et c’est l’art que nous cultivons.

Certains diront depuis 30 ans… d’autres, comme moi, diront depuis toujours et pour toujours, tant que des âmes, quelque part, lutteront jusqu’à leur dernier éclat de lumière pour rester vivantes.

Amen.

Villeneuve-d’Ascq, Mai 2026
Discours d’inauguration du Festival des 30 ANS du MAELSTRÖM
Laurent Ostiz, président




Laurent Ostiz, président du maelstrÖm théâtre.

DISCOURS DU PREZ’

Lu le 7 Mai 2022
Discours d’inauguration du 26eme Festival du MAELSTRÖM
(après 2 années d'interruption cause Covid)
Thème de Saison : on n'est pas à une absurdité près
MaelstrÖmiennes, maelstrÖmiens, Mesdames, Messieurs.


Voilà deux ans que nous nous sommes perdu·e·s de vue. 
Vous nous avez manqué ! 

C’est donc un réel plaisir de vous retrouver cette semaine pour notre 26e festival. Il sera question de migrations, de femmes libres ou sauvages, de poésie ou de comédie musicale. Un programme éclectique aux couleurs de notre époque.

Une époque justement qui, en deux ans, nous a gratifié·e·s de son propre festival d’absurdités. 

L’absurdité d’avoir imaginé qu’un système de santé se pilotait comme un entrepôt d’Amazon : on n’est pas à un mort près. 

L’absurdité d’un « quoi qu’il en coûte » après avoir amputé les APL de 5 euros par mois : on n’est pas à un pauvre près. 

L’absurdité d’une guerre inutile et ignoble entre deux peuples soi-disant frères : on n’est pas à une boucherie près. 

L’absurdité de réfugié·e·s de 1re et 2e classe, certain·e·s plus légitimes que d’autres ; un malheur plus légitime qu’un autre : on n’est pas à une discrimination près. 

L’absurdité d’une campagne électorale qui met à l’honneur l’insignifiance et se tait sur ce qui adviendra bientôt de notre petit monde fragile et épuisé : on n’est pas à un effondrement près.

Déjà, Sainte-Beuve, à son époque (1868), nous prévenait : « Les absurdités d’un temps deviennent l’objet sérieux des études d’un autre temps ; et comme on ne veut pas avoir l’air de s’appliquer gravement à des absurdités, on suppose à celles-ci des raisons secrètes et des lois profondes qui n’y furent jamais. On leur prête un grand sens qu’elles n’ont pas eu ». Les mensonges, la propagande et les théories du complot ont de beaux jours devant eux. Soyons prêts !

Comment vivre en absurdie, 
sans se perdre et se morfondre, abattu par les passions tristes de notre époque ? 

Flaubert dans sa correspondance nous indique un chemin possible : « je suis un pauvre homme bien simple et bien facile, et “bien homme”, tout ondoyant et divers, cousu de pièces et de morceaux, plein de contradiction et d’absurdité. Si tu ne comprends rien à moi, je n’y comprends pas beaucoup plus moi-même. Tout cela est trop long à expliquer et trop ennuyeux, mais revenons à nous ! ».


Oui, revenons à nous, à ce qui fait l’essence de notre humanité, de notre mystère.

Oui, revenons à nous, invoquons la joie sans être naïf, invoquons l’indignation sans être violent, invoquons nos contradictions sans nous disloquer.

Et comme on n’est pas à une absurdité près, j’oserais vous lancer « restons vivants ! », 
car en vérité je vous le dis, on n’est pas à une utopie près ! 

Bon festival !




Laurent Ostiz, président du maelstrÖm théâtre.